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Golgotha Picnic
Du 18 au 29 septembre 2018, 20h, du mardi au samedi 20h,
sauf 20 et 27 septembre 19h, 22 septembre 16h

Dernier apéro d’une humanité à la dérive, mais ô combien lucide et cultivée, ce tableau vivant s’esquisse à coups de verbes foudroyants au sommet du Mont Golgotha. Angela Konrad adapte le texte de Rodrigo García pour trois femmes, mères, soeurs, tantes, anges possibles d’un Christ contemporain blessé dans un accident de voiture et qui achève sa vie dans leurs bras. Il y a du désordre et de la provocation, une furie débridée dans cette oeuvre coup-de-poing, mais aussi un apaisement offert, en finale, par un sublime opus musical de Haydn, Les sept dernières paroles du Christ, interprété par David Jalbert.

Après avoir travaillé pendant une vingtaine d’années en Allemagne et en France autour de Shakespeare, Brecht et Heiner Müller, la met- teure en scène et dramaturge Angela Konrad s’installe à Montréal. Elle y fonde sa compagnie LA FABRIK qui se concentre sur la relecture de textes de répertoire et contemporains et d’écritures non dramatiques à la lumière d’interrogations critiques du monde actuel. Angela Konrad est chercheuse associée à l’Usine C.


Texte Rodrigo García
Traduit par Christilla Vasserot
Adaptation, mise en scène, scénographie Angela Konrad
Piano David Jalbert
Interprétation Samuel Côté, Sylvie Drapeau, Dominique Quesnel, Lise Roy


Entrevue

Christ humain pour civilisation désenchantée : entrevue avec Angela Konrad pour Golgotha Picnic

Par Olivier Dumas


Crédit photo : Ying Gao

Angela Konrad marie ses préoccupations sociopolitiques à l’amour du prochain dans Golgotha Picnic.

Automne 2013, le public montréalais fait connaissance avec les univers étranges d’Angela Konrad. Ses Variations pour une déchéance annoncée), déconstruction de La Cerisaie d’Anton Tchekhov, avec une Dominique Quesnel torturée et vaporeuse, en avaient secoué plusieurs. Depuis, la metteure en scène installée à Montréal et professeure à l’École supérieure de l’UQAM propose un corpus exigeant qui rejette les consensus, notamment Auditions ou Me, Myself and I et Macbethd’après la « tradaptation » de Michel Garneau. Fidèle à des interprètes qu’elle affectionne (Quesnel, Lise Roy, Marie-Laurence Moreau) tout en désirant intégrer de nouvelles énergies (Samuël Côté et Sylvie Drapeau ici pour Golgotha, et d’autres, dont Violette Chauveau, pour sa prochaine réalisation, Platonov amour haine et angles morts, à nouveau d’après Tchekhov), elle a trouvé avec Golgotha Picnic un matériau pour illustrer « un monde à la dérive ».
[lire la suite de l'entrevue]


Crédits supplémentaires et autres informations

Assistant et régie William Durbau
Assistant stagiaire Hubert Rivest
Assistant scénographie Wanderson Damaceno
Conception costume Ying Gao assistée de Marianne Frève
Consultante Céline Chicoine
Habilleuse Marie-Audrey Jacques
Conception lumière Cédric Delorme-Bouchard
Direction technique Louis-Charles Lusignan
Images Julien Blais
Son Simon Gauthier
Administration Bureau de Prod. Mathieu Mallet

Durée 110 minutes

Tarifs
régulier 38$ / aîné 34$ / réduit 32$
Frais :
En ligne 3,75$ par billet
Au téléphone 2,75$ par billet
Pas de frais directement à la billetterie

Coproduction LA FABRIK avec le soutien du Conseil des arts de Montréal, du Conseil des arts et des lettres du Québec, d’Hexagram-UQAM et de l’Usine C
Présentation Usine C


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Critique disponible
            
Critique





Crédit photos : Maxime Robert-Lachaine

Pour ouvrir sa nouvelle saison, l’Usine C a voulu miser sur une valeur sûre. Confiant ce mandat à la créatrice Angela Konrad, une habituée des lieux, et sa compagnie LA FABRIK, le théâtre débute ses activités avec un spectacle des plus cinglants.

Trois femmes, un homme et un pianiste sont réunis sur scène pour défendre l’adaptation à la québécoise de Golgotha Picnic, pièce de l’auteur argentin Rodrigo Garcia que propose la metteure en scène et scénographe du spectacle. Après une assez longue introduction au piano par un intense David Jalbert, le public est témoin de l’accident de voiture volontaire d’un homme. Celui-ci prendra vite l’image d’un Christ moderne pour trois passantes complètement désabusées de la société qui confiront soudainement tous leurs déboires aux oreilles là pour les entendre. Pendant près de deux heures, les spectateurs assistent à une inlassable dénonciation de divers travers sociaux tabous présentés sans grande retenue et avec une pointe d’humour. Agrémentée par la partition Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix de Joseph Haydn en musique dans la quasi-totalité du spectacle, l’expérience s’annonce assez puissante.

Le talent des comédiens devient facile à cerner puisque ce sont eux qui apportent de la couleur et de la profondeur à l’être fictif qu’ils incarnent.

Sur scène, l’espace scénique semble clairement avoir été divisé. Alors que le public de la première rangée fait directement face à un corridor de déchets faisant la largeur de la scène, le pianiste se trouve davantage en retrait, tout comme l’écran géant sur lequel seront notamment projetées des représentations picturales sacrées grâce aux efforts de Julien Blais. À mi-chemin, le principal espace de jeu des comédiens ne compte, pour accessoires, que trois « poufs » agencés aux couleurs des déchets les plus apparents. Une belle façon de faire coexister le rêve d’un paradis céleste, l’espoir de l’atteindre dans le confort de la réalité et la réalité en soit, totalement désillusionnée. Une scénographie d’une simplicité aussi efficace et lourde de sens qui est à féliciter. Les costumes imaginés par Ying Gao paraissent également aller dans le même sens. Tant le pianiste que les comédiens arborent des vêtements noirs. Tout en les réduisant à leur condition humaine commune, cela permet aux personnages de révéler sans aucun artifice leur personnalité distincte. Le talent des comédiens devient facile à cerner puisque ce sont eux qui apportent de la couleur et de la profondeur à l’être fictif qu’ils incarnent. La froideur qui émane, ainsi, de la sagesse du personnage de Lise Roy crée un contraste amusant avec la spontanéité de la femme que Dominique Quesnel semble avoir un réel plaisir à jouer. Avec elles, Sylvie Drapeau donne à voir une femme touchante par son humanité et l’attention maternelle qu’elle a à l’égard de l’accidenté (le sympathique Samuel Côté). Impossible de ne pas reconnaître le brillant travail effectué en répétition.

En ce qui concerne la conception lumière, Cédric Delorme-Bouchard donne l’impression d’avoir vraiment cherché à créer différentes intensités d’éclairage afin de segmenter l’espace scénique. L’idée que ce qui se rapporte au sacré soit plus lumineux ne date peut-être pas d’hier, mais cela reste simple à comprendre ; encore un travail à apprécier pour sa simplicité. Comme finale, c’est au tour de David Jalbert, tout en présence, de s’emparer de la scène et terminer la soirée dans la douceur. Un choix apaisant qui permet de ne pas souffrir d’un texte parfois tellement chargé qu’il en vient trop lourd à digérer dans son entièreté.

Grâce à un formidable travail de la distribution et à la simplicité de tout le reste, l’adaptation de Golgotha Picnic par Angela Konrad devient un divertissement qui saura plaire à bien des goûts. Une pièce à voir pour rigoler des défauts du monde et, ainsi, accepter le désir de continuer de rêver en solitaire, malgré les signaux d’alarme lancés par l’univers.

19-09-2018
 
Usine C
1345, avenue Lalonde
Billetterie: 514-521-4493

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