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Rose of Jericho
Du 10 au 14 octobre 2017, 20h

Ancien danseur des Grands Ballets Canadiens de Montréal où il a pu croiser les styles de Kylián, Ek, Celis et Veldman, Andrew Skeels impose aujourd’hui la marque d’un chorégraphe. Son approche en constante évolution s’est nourrie de son bagage classique, du contact improvisation ou du breakdance. Dynamique, musicale, tranchante, sa danse épate. « Le public est l’élément final qui donne vie au mouvement », résume-t-il. Dans Rose of Jericho, Skeels utilise la plante du Moyen-Orient comme métaphore d’une pollinisation transculturelle, entre persévérance et renaissance. Il invite la musicienne Sussan Deyhim et le designer Wilber Tellez, deux autres migrants des arts, à le rejoindre. Dans un décor évocateur de ce lointain en mouvement, cette distribution éclectique de sept danseurs aux formations différentes offre une échappée belle. Une gestuelle comme une calligraphie, un hymne à la diversité.


Chorégraphie Andrew Skeels
Interprètes Alisia Pobega, Brett Andrew Taylor, Jossua Collin Dufour, Odile-Amelie Peters, Lila-Mae Talbot, Jessie Lhôte, Alexandre Carlos


Crédits supplémentaires et autres informations

Musique Sussan Deyhim, Richard Horowitz
Lumières Rasmus Sylvest
Costumes Wilber Tellez
Scénographie Sunny Doyle
Crédit photo Damian Siquieros. Danseurs Alisia Pobega, Brett Andrew Taylor

Durée 1h

Tarifs à partir de 30$

Rencontre avec les artistes 11 et 13 octobre 2017

Production Skeels Danse


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Critique disponible
            
Critique

Jusqu’au 14 octobre 2017, Danse Danse présente le spectacle Rose of Jericho, du chorégraphe d’origine américaine et ancien danseur des Grands Ballets Canadiens Andrew Skeels. La rose de Jéricho est une fleur qui pousse dans le désert et qui peut survivre plusieurs années sans eau. Dotée de capacité d’adaptation hors du commun, elle se contracte durant les périodes de sécheresse et s’ouvre au contact de quelques gouttes de pluie. Elle a également la capacité de reprendre racine à des kilomètres de son enracinement initial lorsque le vent la transporte à travers le désert. Pour Skeels, la danse doit devenir politique et la rose de Jéricho constituait la métaphore idéale pour faire écho à la résilience et à la persévérance des migrants qu’il voulait aborder dans son spectacle.

Grâce à la scénographie de Sunny Doyle, la scène est transformée en un désert dont la terre est couverte d’innombrables fissures. Des amas de tissu beige entourent le plateau, symbolisant le poids de tout ce que les réfugiés doivent laisser derrière eux lors de leur exil. Manipulés et reconfigurés fréquemment pas les danseurs, ils figurent aussi les frontières changeantes du monde. Pour ajouter à la force du symbole, on apprend que ces 650 couvertures achetées par le chorégraphe ont été utilisées lors de différentes crises humanitaires, notamment en Haïti et au Mexique. La création de cet environnement désertique est également renforcée par les vêtements beiges, bruns et rose pâle conçus par le styliste mexicain Wilber Tellez, ainsi que par les éclairages chauds de Rasmus Sylvest.

Skeels a bâti une distribution hétéroclite en rassemblant sept danseurs issus d’horizons divers, dont il voulait explorer tout le potentiel. Ainsi, le hip-hop, la danse urbaine, le ballet, le jazz et la danse contemporaine se conjuguent pour créer des tableaux aux ambiances variées, enjolivés par la musique de la compositrice iranienne Sussan Deyhim et le multi-instrumentiste Richard Horowitz. La musique aux accents perses mélange des airs méditatifs, des mélodies lyriques d’instruments à cordes, des chants de gorge et de l’électronique. La respiration sonore des danseurs ajoute aussi un caractère organique et primitif à certaines scènes.

La chorégraphie de Rose of Jericho oscille entre une extrême fluidité inspirée du contact improvisation et des mouvements extrêmement saccadés qui rappellent les arts martiaux. À plusieurs reprises, Skeels utilise la force du groupe de danseurs pour produire des effets magnifiques sur le plan visuel. En demandant aux interprètes de répéter les mêmes mouvements avec un léger décalage, il décompose la danse comme le ferait le stop-motion en cinéma. Dans des chorégraphies souvent très près du sol, les danseurs alternent entre la posture de marionnettes et celle de manipulateurs, alors qu’ils influencent les mouvements de leurs partenaires. L’un des moments les plus forts de la représentation constitue l’un des tableaux centraux du spectacle, alors que les corps de trois danseurs s’imbriquent ensemble pour créer une créature dépouillée de ses caractéristiques humaines. Avec ses multiples bras et jambes indifférenciés, le personnage rappelle certaines figures de la culture hindoue. Saluons aussi le solo inspiré de Brett Andrew Taylor, qui allie une grande force musculaire avec une grâce probablement héritée de sa formation de ballet. Rares sont les solos qui combinent aussi bien ces deux attributs.

Sans tomber dans le piège d’une chorégraphie trop narrative ou illustrative, Rose of Jericho offre un portrait sensible et poétique de la crise des réfugiés qui sévit actuellement. Certaines images fortes resteront assurément ancrées dans l’imaginaire des spectateurs.

13-10-2017
 

Cinquième salle de la Place des Arts
Place des Arts
Billetterie : 514-842-2112 - placedesarts.com

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