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L'homme éléphant
17 mars 2019, 20h

Michel est devant son ordinateur et termine un texte. Le point final posé, les personnages de la pièce qu’il vient d’écrire le rejoignent. Sa mère Nana, puis son père, sa grand-mère, sa maîtresse d’école, son amie Ginette…

On se retrouve rue Fabre, Plateau Mont-Royal, dans les années cinquante. On plonge au cœur des souvenirs de l’auteur alors qu’il revit plusieurs échanges réjouissants avec des personnes phares de son enfance. Michel, gamin curieux et tenace, bombarde de questions les adultes. Amoureux de la littérature, du cinéma et des poupées à découper, obnubilé par la religion, le petit Michel a besoin de comprendre le monde qui l’entoure, afin d’y trouver sa place.

À travers les questions incessantes de l’enfant qu’il a été et les réponses vagues des adultes exaspérés, Michel Tremblay dépeint subtilement la société qui l’a vu grandir, à l’aube de la Révolution tranquille. Et ces savoureuses conversations, pétillantes d’innocence et de bon sens, nous rappellent à quel point l’auteur est un fabuleux dialoguiste ! DUCEPPE est très fière de présenter la toute nouvelle pièce de Michel Tremblay, adaptation pour la scène de son plus récent roman Conversations avec un enfant curieux (Leméac 2016). Enfant insignifiant! nous fera aussi la joie de revoir Guylaine Tremblay dans le rôle de Nana et Henri Chassé dans le rôle de l’auteur, tous deux éblouissants la saison dernière dans Encore une fois, si vous permettez.


Texte de Michel Tremblay
Mise en scène de Michel Poirier
Avec Henri Chassé, Gwendoline Côté, Isabelle Drainville, Michelle Labonté (à confirmer), Sylvain Marcel, Danielle Proulx et Guylaine Tremblay


Crédits supplémentaires et autres informations

Décor Olivier Landreville
Costumes Mérédith Caron
Éclairages Lucie Bazzo
Musique Christian Thomas
Accessoires Normand Blais
Vidéo Yves Labelle
Assistance à la mise en scène Geneviève Lagacé

Prix courants
Parterre 56,00$
Corbeille 56,00$
Balcon 56,00$
Handicapé 56,00$
Étudiant 31,00$

Taxes et frais de service inclus

Production DUCEPPE


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Critique disponible
            
Critique

Après des œuvres françaises (HérosUne heure de tranquillité), le Théâtre Duceppe propose pour la période des fêtes et le début de l’hiver Enfant insignifiant!,une adaptation attachante du recueil de souvenirs Conversations avec un enfant curieux de l’auteur de théâtre le plus populaire du Québec et l’un des plus prolifiques, Michel Tremblay.




Crédit photos : Caroline Laberge

L’ouvrage est paru à la fin 2016 chez Leméac (a suivi depuis un nouveau roman, Le Peintre d’aquarelles). Constitués uniquement de dialogues, les petits récits de quelques pages s’inscrivent dans la continuité des autres témoignages de l’enfance de l’écrivain de la rue Fabre comme Bonbons assortis (2002) ou encore Un ange cornu avec des ailes de tôle (1994). Dans ses Conversations et sa transposition scénique, le petit Michel ne se gêne pas pour lancer d’innombrables questions à son entourage. Malgré ses allures mignonnettes, les réflexions nous permettent aussi de constater les risques de soumission à certains dogmes jugés inébranlables, particulièrement autour de la religion.

Pendant près de deux heures, la production orchestrée par Michel Poirier (derrière la plus récente version d’Encore une fois, si vous permettez, également chez Duceppe) reprend en bonne partie le contenu du bouquin (à l’exception de certains morceaux dont Smoked meat). Les lectrices et lecteurs reconnaîtront les passages cocasses de la crèche, du troisième secret de Fatima et bien d’autres. Auparavant, René Richard Cyr avait porté à la scène avec plus ou moins de bonheur Bonbons assortis en tentant de conjuguer l’humour absurde de situations quotidiennes à certains drames présents dans les autres pièces du dramaturge. Poirier a été plus habile ici en s’en tenant presque seulement au livre (sauf pour un échange sur certaines lettres de l'alphabet et l’ajout d’une finale moins concluante), laissant une large place à la langue savoureuse de Tremblay.

Pour éviter l’impression d’une suite de fragments, le metteur en scène nous présente le narrateur (Henri Chassé) à l’âge adulte chez lui devant sa table de travail. Sur la grande scène de Duceppe, nous voyons les personnages de ses péripéties de jeunesse : Nana, sa mère tant-aimée (Guylaine Tremblay), son père Gabriel parfois bourru et souvent affectueux (Sylvain Marcel), la grand-mère Victoire (Danielle Proulx), sa maîtresse d’école Mademoiselle Karli (Isabelle Drainville, qui incarne aussi le bref rôle d’une vendeuse), la sœur directrice (Michelle Labonté) et la copine-confidente Ginette (Gwendoline Côté). Au début de la représentation, la troupe surgit du fond de scène avec derrière eux une projection d’un ciel bleu réalisée par Yves Labelle. Le décor d’Oliver Landreville est composé d’un long quai au centre du plateau autour duquel se trouve une plage de sable constituée d’innombrables pages de papier. Les liens entre la passé et le présent, entre le Montréal d’autrefois et le Key West d’aujourd’hui, sont ainsi illustrés avec poésie, notamment à l’aide des éclairages chaleureux de Lucie Bazzo. La musique de Christian Thomas surgit à quelques occasions avec ses notes délicates et mélancoliques.

La pièce bénéficie grandement de la complicité de la distribution, surtout du tandem Tremblay-Chassé qui avait également soutenu l’intérêt du mélodrame Encore une fois, si vous permettez. Avec ses participations antérieures dans d’autres Tremblay (dont sa Rose Ouimet dans la version musicale des Belles-Sœurs), la brillante actrice démontre une aisance remarquable à rendre le moindre fou rire, le moindre excès de colère ou marque de tendresse de cette Nana émouvante. Quand elle exécute quelques gestes chorégraphiques, les réactions du public ne se font pas attendre. Plus discret, mais toujours attentif aux autres, Henri Chassé se révèle efficace par son esprit espiègle aussi naïf que révolté par certains préjugés de son milieu environnant («les petits garçons qui aiment les garages plutôt que les cahiers de poupée à découper»). En matriarche, Danielle Proulx est formidable, surtout lors de ses confidences à son petit-fils sur sa passion pour Notre-Dame de Paris de Victor Hugo et pour Simone Signoret. Sylvain Marcel, Michelle Labonté et Isabelle Drainville démontrent aussi une grande justesse dans le ton, tandis que Gwendoline Côté insuffle une magnifique ingénuité à sa Ginette qui exaspère Michel par son mépris à l’égard de Jules Verne.  

Par contre, le dénouement détonne. Après un échange émouvant entre la mère et le fils autour du refus de grandir et du désir de gamin de devenir plus tard un écrivain (séquence qui clôt le livre), nous retrouvons le protagoniste à notre époque qui «montre» à Nana sur son écran d’ordinateur ses réalisations professionnelles. Très similaire aux derniers instants d’Encore une fois, son nouvel hommage à sa mère ne possède pas la magie ou la candeur de la parole du narrateur entendue jusque-là. Car ailleurs dans cet Enfant insignifiant!, le plaisir domine superbement.     

19-12-2017
 
Salle Albert-Rousseau
2410, chemin Ste-Foy
Billetterie : 418-659-6710 - 1-877-659-6710

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Dates antérieures (entre autres)

Du 13 décembre 2017 au 3 février 2018