
Texte, mise en scène et interprétation : Marie Brassard
Dans sa dernière création, en parlant de transparence, de séparation entre les mondes, de ces changements qui influencent nos perceptions et d’invisible, Marie Brassard pousse très loin l’idée de rencontre des langages scéniques. Dans un espace dépouillé et très esthétique, la trame narrative n’est plus seulement le texte et la voix mais aussi, et peut-être plus encore, la lumière et le son ; par leur force impressionniste, ils deviennent la matière sous-jacente du récit. Cette œuvre théâtrale radieuse jette un regard sur l’Histoire, sur la vie et sur l’intime relation liant le temps, l’espace et la mémoire.
Composition musique et son : Alexander MacSween
Lumières, composition musique et son : Mikko Hynninen
Dramaturge : Daniel Canty
Scénographe : Simon Guilbault
Film 16mm : Karl Lemieux
Assistante du scénographe : Julie Measroch
Direction technique, régie son : Frédéric Auger
Régie lumière : Laurent Routhier
Une production Infrarouge (Montréal),
Coproduction
Festival TransAmériques
La Bâtie - Festival de Genève,
PuSh International Performing Arts Festival (Vancouver)
Wiener Festwochen
Théatre Français du Centre National des Arts (Ottawa)
Harbourfront Centre (Toronto)
Salle Multi complexe Méduse
591, Saint-Vallier Est
Billetterie : (418) 643-8131 ou 1 877 643-8131
par Yohan Marcotte
Marie Brassard nous présentait en primeur, dans le cadre du 11e Mois Multi, son spectacle solo intitulé L'invisible. Un spectacle enveloppant où l'interprète part en quête des chimères qui lui apparaissent, mais aussi en quête de leur origine : l'Imagination. Comment des inventions de l'esprit peuvent-elles gagner une certaine autonomie pour influencer, par leur simple évocation, la personne qui les imagine ?
Nous sommes donc dans l'univers intime du créateur, mais aussi du rêveur. Elle raconte des rêves où Serge Gainsbourg apparaît et qui lui laissent de fortes impressions. La fiction impose sa présence à la rêveuse, bien qu'elle connaisse sa nature illusoire et ce phénomène dépasse le niveau psychologique pour l'atteindre dans sa profondeur charnelle. Elle nous raconte l'érotisme que ces fantômes éveillent en elle.
La sensualité de ce spectacle est portée par la voix de Marie Brassard qui, bien qu’amplifiée par un micro-casque, reste prête à la confidence et à la quiétude. Elle y va de nombreuses envolées harmoniques où sa voix s'amuse au pays des sonorités en formant des tableaux abstraits chargés d'émotions. Ces intermèdes, dont elle aurait pu quelque peu en réduire le nombre, offrent un heureux contraste avec l'interprétation très sobre, voire désincarnée, des monologues.
Cependant, la monotonie des monologues est aussi rompue par les effets d'éclairage. On opère un dédoublement de la lumière en l'envoyant sur des surfaces irrégulières et miroitantes, renvoyant au rapport du créateur et de sa créature, de l'artiste et de son œuvre ou encore celui du dormeur et de son songe. Tous se laissent impressionner par quelque chose qui émerge d'eux et qui finalement leur échappe, devenant extérieur, pour revenir à eux tel un objet de fascination.
Brassard touche à un je ne sais quoi d'universel dans un spectacle très personnel et intime qui reste très ouvert à l'interprétation du spectateur. La finale du spectacle pourrait nous conduire vers d'autres perspectives, pour ouvrir davantage... ouvrir vers un ailleurs, au lieu de boucler évasivement la boucle en faisant terminer la production de la même façon qu'elle a commencé. Le tout reste très inventif et inspirant dans un mode tout à fait impressionniste.