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Du 20 septembre au 15 octobre 2016, 19h30, 5 et 11 octobre 13h
GloucesterGloucester
Texte Simon Boudreault et Jean-Guy Legault
Mise en scène Marie-Josée Bastien
Avec Emmanuel Bédard, Geneviève Bélisle, David Bouchard, Simon Boudreault, Éloi Cousineau, Érika Gagnon, Jonathan Gagnon, Jean-Guy Legault, Catherine Ruel, Alexandrine Warren

Après une victoire sanglante contre les Écossais, Édouard, roi d’Angleterre, partage le royaume d’Écosse en trois parts entre ses généraux Gloucester et York, ainsi que son épouse, Goneril. La reine, qui espérait devenir régente unique de l’Écosse, nourrit d’ambitieux projets de vengeance. Avec la complicité d’Edmond, un des fils bâtards d’Édouard, elle manigance un plan machiavélique ayant pour but de semer la discorde entre Gloucester et York.

Comédie folle et débridée, inspirée de multiples chefs-d’œuvre de Shakespeare, cette création est une fresque hilarante qui démarre l’année en lion!


Assistance à la mise en scène : Amélie Bergeron
Décor : Marie-Renée Bourget Harvey
Costumes : Sébastien Dionne
Lumières : André Rioux
Musique : Stéphane Caron

Tarif : régulier : 38 $ ; 60 ans et plus : 33 $ ; 30 ans et moins : 28 $
Le premier samedi de chaque production, la paire de billets est au coût de 28 $ pour les 30 ans et moins

Soiréee bordéliques
Dans le but d’appuyer les compagnies de théâtre émergentes de Québec, La Bordée organisera, pour une deuxième saison, des soirées de financement qui leur seront dédiées : les Soirées Bordéliques. Tous les profits de ces soirées seront remis aux compagnies théâtrales et contribueront au financement de l’un de leurs spectacles qui aura lieu au cours de l’année.
 Samedi 24 septembre 2016 – Théâtre Kata (Olivier Arteau-Gauthier)
 Samedi 5 novembre 2016 – Le chien sourd (Gabriel Fournier)
 Vendredi 13 janvier 2017 – La brute qui pleure (David Bouchard)
 Samedi 25 février 2017 – Les Gorgones (Marie-Ève Chabot Lortie)
 Samedi 15 avril 2017 – La Camerata de Bardy (Nicolas Jobin), en association avec la compagnie La Mauderne

Sera aussi présenté à Montréal du 25 novembre au 17 décembre 2016, à la Place des Arts

Production La Bordée


Théâtre de la Bordée
315, Saint-Joseph Est
Billetterie : 418-694-9721

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Critique

Autre critique disponible ici








Crédit photo : Nicola-Frank Vachon

Il aura fallu une quinzaine d’années de rêves, d’écriture, de réécriture, de lectures, de prises en main et de beaucoup de rires entre amis pour que voie le jour la pièce Gloucester (prononcé à l’anglaise, soit Glawss-tewr). Ce pastiche à la sauce shakespearienne de Simon Boudreault et Jean-Guy Legault, proposant plus de 70 personnages répartis entre 10 comédiens, ravit incontestablement autant les néophytes que les fins connaisseurs de l’univers absolument formidable du grand Will.

Coproduite par cinq compagnies (La Bordée, Les Enfants terribles, Simoniaques Théâtre, Théâtre des Ventrebleus et La Place des Arts), Gloucester aurait simplement pu être un superbe assemblage, une macédoine de scènes s’inspirant plus ou moins des pièces du dramaturge anglais, mais cela aurait été mal connaître les deux comparses, trop passionnés de Shakespeare. La pièce, splendidement écrite, nous entraîne au cœur de complexes machinations politiques et familiales qui se trament dans les coulisses du pouvoir anglais.

Après l’écrasante défaite de l’Écosse, celle-ci est divisée par le roi Édouard (Jonathan Gagnon) en trois parties, entre le duc de Yark, euh, York (Jean-Guy Legault), la reine Goneril (Érika Gagnon) et son frère Gloucester (Simon Boudreault). Trois parties d’exactement 33,3% d’un étendard qu’on déchire et qu’on distribue. Et le 0,1% manquant? Une île rocheuse qui s’effrite et s’engouffre dans la mer, représentée par… un carré rouge, remis à Gloucester. La reine, qui désire devenir régente du pays, n’entend pas partager ainsi le pouvoir, surtout que Gloucester et York s’entendent un peu trop bien. Un peu plus tôt, un soir sur le champ de bataille, trois moires-sorcières (Geneviève Bélisle, Catherine Ruel, Alexandrine Warren), mi-terrifiantes, mi-comiques, sont apparues à Gloucester, prophétisant sa trahison envers le roi ; un acte abject qu’il refuse de croire. Pourtant, les complots de Goneril, en complicité avec l’un des fils bâtards du roi, Edmond dit Iago (David Bouchard), précipiteront les choses vers une finale des plus… tragiques. Quitte à sacrifier au passage, pour le « mal commun », la belle Laevinia (Alexandrine Warren), sœur de York, promise à Gloucester, et l’autre sœur de ce dernier, la guerrière Béatrice (Catherine Ruel), plus encline aux charmes des courbes de Laevinia qu’aux avances de York. (Bon, oui, ça semble compliqué, mais la pièce possède cette précieuse qualité de toujours demeurer limpide, n’alourdissant jamais l’action.) Le sage Horacio (Eloi Cousineau) et le brave et grand guerrier Brutus (Emmanuel Bédard) complètent la cour.

Macbeth (évidemment), Othello, Hamlet, Roméo et Juliette, Le Roi Lear, Richard III, Titus Andronicus, La Tempête, Henri IV… les références sont innombrables – le défi est grand pour qui tentera de les identifier toutes. Certaines sont d’une évidence criante, d’autres logées au détour d’un gag (mentionnons, entre autres, Les marchands de Venise). Mais il n’y en a pas que pour le Barde : quelques maîtres s’immiscent dans l’œuvre, dont Tchekhov et sa Mouette. Il nous a semblé aussi voir, pour le combat final, un clin d’œil au réalisateur japonais Akira Kurosawa, qui s’inspira fortement de plusieurs textes de Shakespeare pour ses films Ran, The Bad Sleep Well et Throne of Blood. Les scènes cultes sont détournées avec beaucoup de malice, et ce, pour notre plus grand plaisir – la scène du balcon (Roméo et Juliette) et celle du crâne de Yorick en main (Hamlet) n’y échappent pas.

C’est une mise en scène fougueuse qu’offre aux spectateurs Marie-Josée Bastien, une habituée du monde shakespearien. On y mélange les genres, on ne s’empêtre pas dans les anachronismes ; ce sont des gamins qui jouent, qui incarnent le plus sérieusement du monde les personnages qu’ils adulent. Les marionnettes, dada de Simon Boudreault, sont utilisées lors d’une scène où deux comédiens divertissent la cour en jouant le complot en branle, sous le nez du roi qui n’y voit que du feu. Un procédé narratif de mise en abîme que Will a souvent utilisé dans ses œuvres, mais qu’on emploie ici de manière hilarante ; les humanettes (le corps de la marionnette est attaché sous le menton du manipulateur, et le visage de celui-ci devient celui de sa poupée) caricaturent, volent, meurent, proposant ainsi de savoureux moments absurdes.

Le mandat de la première partie est celui de placer les personnages et les intrigues. De ce fait, elle prend davantage les allures d’une tragicomédie que celles d’un réel délire promis par le sous-titre de la pièce. On sent qu’il y a encore beaucoup de place pour des gags, autant dans le texte (qui sombre parfois dans une certaine facilité) que dans le visuel ; peut-être ne voulait-on pas pousser la machine à fond, épargnant le public. Les films des Monty Python et la série Kamelott s’imposent à l’esprit comme œuvres comparatives. Par contre, la deuxième partie, totalement délirante, remplit toutes ses promesses : chaque scène sombre dans une furieuse folie, aux gags plus drôles les uns que les autres, culminant vers un numéro musical (!) et une finale tragique des plus absurdes. Au chapitre des fous rires, nommons la scène de l’apparition de nombreux spectres provenant de plusieurs pièces shakespeariennes, celle des propos scabreux d’un roi divagant sous l’effet de drogues (on sent d’ailleurs que plus le comédien Jonathan Gagnon se sentira à l’aise, plus il innovera dans ses insultes, quitte à surprendre la troupe), ou encore celle où Laevinia, privée de langue, mains et pied, doit mimer ses pensées à Gloucester.

Musicalement, Stéphane Caron s’inspire du cinéma et des années 70 pour octroyer une certaine atmosphère à la pièce, frôlant le kitsch, mais toujours assumée. Marie-Renée Bourget Harvey signe une scénographie toute de bois – bancs, palissades, clôtures, rampes, brancards – rappelant le « fait main », mais aussi l’Angleterre du 16e siècle. Une dizaine de ventilateurs, accrochés en fond de scène, ajoute du mouvement et du souffle à la création – clin d’œil à La Tempête ?

Incarné avec passion par une troupe en feu, parfois impétueux, Gloucester est un hommage senti, un hilarant condensé des œuvres de Shakespeare aux qualités indéniables, nous poussant à la fascination, voire à l’admiration devant ce travail colossal. Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Legault et Boudreault… un royaume pourri de talent.

23-09-2016