Mon(Theatre).qc.ca, votre site de théâtre
La Sagouine
Du 22 septembre au 18 octobre 2020 à 20h du mardi au samedi et à 16h les dimanche 4 octobre et samedi 10 octobre
Programmes doubles disponibles, voir plus bas

La Sagouine est sans contredit la plus célèbre créature née de l'imagination d'Antonine Maillet. Mais la Sagouine n'est pas un rêve; elle est un être de chair et de sang, une pauvresse née près de la mer, qui ne sait ni lire ni écrire et passe ses journées à frotter les planchers. Cette Acadienne, à la langue aussi riche que bien pendue, pose sur l'humanité un regard digne de La Bruyère. Elle est la voix du peuple, sa sagesse, son âme.


Texte Antonine Maillet
Mise en scène Patrick Ouellet
Montage Geneviève Tremblay
Avec Lorraine Côté, accompagné de Stéphane Caron


Crédits supplémentaires et autres informations

Assistance mise en scène Catherine Simard
Scénographie Vano Hotton assisté de Geneviève Tremblay
Costumes Geneviève Tremblay assisté de Vano Hotton
Musique Stéphane Caron
Éclairages Nyco Desmeules

Tous les spectacles seront relativement courts, entre 1h et 1h15 ; les spectateurs pourront ainsi profiter de programmes doubles s’ils le désirent.
Voir :
- Les barbelés
- Ce qu'on respire sur Tatouine
- Exercice de style

130 places disponibles par représentation

Durée : 1h15

Les billets seront au tarif unique de 25$ taxes et frais de service inclus, pour souligner le 50e anniversaire du Trident. Les billets seront disponibles dès le mercredi 19 août, midi, en ligne et par téléphone.

Production Le Trident


______________________________________
Critique disponible
            
Critique

Si La Sagouine est, en effet, une « grande retrouvaille » pour plusieurs (pour reprendre le thème de saison du Trident), pour moi, jeune journaliste critique, ce fut une superbe découverte ! Ce monologue épatant raconte l’histoire d’une fille de pêcheurs, fille du fleuve, d’une Acadienne devenue laveuse de planchers. La protagoniste soliloque dans la langue de son pays, un parler unique dont les accents rappellent ceux de nos grands-pères et de nos grands-mères, un patois étonnamment familier qui saisit de nostalgie. La version de La Sagouine que nous propose le metteur en scène Patrick Ouellet et son équipe ne vise pas à être une reprise (encore moins une imitation) de la célèbre production avec Viola Léger. Admiratif du travail d’Antonine Maillet, Ouellet souhaite rendre hommage à ce texte phare de l’imaginaire populaire québécois. L’appréciation qu’il porte envers la pièce transparait dans la magnificence du spectacle qu’il présente sur les planches du Trident.






Crédit photos : Stéphane Bourgeois

Au commencement, le public ne peut que deviner la Sagouine. Une longue corde à linge traverse l’avant-scène de la salle Octave-Crémazie. Les grands tissus qui y sont suspendus permettent seulement d’apercevoir deux pieds chaussés de galoches. Puis, une lumière chaude parvient de l’arrière-scène et se jette contre un des draps pour dévoiler la silhouette de Lorraine Côté. La comédienne prononce sa première réplique. La lumière s’éteint. Nous voilà aussitôt plongé.e.s dans l’univers de l’œuvre mythique.

Le décor devient peu à peu visible au fur et à mesure que la Sagouine reprend les linges qu’elle avait mis à sécher. Il reproduit l’ambiance d’une chaumière modeste et se divise en trois parties. Celle de gauche contient une chaise berçante et un ensemble pour tricoter ; celle du centre, l’antique poêle à bois et la table à manger ; celle de droite constitue l’atelier du mari. La scénographie monochrome brune, le mobilier rustique et les costumes paysans campent les personnages dans un environnement d’époque réussi.

Lorraine Côté se révèle époustouflante, interprétant une Sagouine attachante et émouvante. Son jeu expressif met en valeur la complexité du personnage créé par Antonine Maillet il y a près de 50 ans.

Stéphane Caron incarne Gapi, l’époux de la Sagouine. Original choix artistique que de donner vie à cet individu qui ne parle jamais, mais à qui la Sagouine ne cesse de faire allusion. L’allure austère de l’homme ne passe certainement pas inaperçue ; la froideur qu’il montre à sa femme rappelle les dynamiques qu’on associe aux ménages d’autrefois. De plus, la présence de Gapi permet l’ajout d’interventions sonores et physiques qui enrichissent l’esthétique du spectacle ; lorsqu’il tambourine sur son bureau et tape du pied, il rehausse la rythmique du texte. Mentionnons aussi la splendide image qui prend forme quand Gapi se tient agenouillé devant la lumière rougeoyante du foyer.

Lorraine Côté se révèle époustouflante, interprétant une Sagouine attachante et émouvante. Son jeu expressif met en valeur la complexité du personnage créé par Antonine Maillet il y a près de 50 ans. La Sagouine livre des réflexions touchantes sur la vie et la mort. Vive d’esprit, elle dresse un portrait lucide de sa situation miséreuse et questionne le clivage entre les riches et les pauvres, entre ceux qui ont les moyens de voyager « dins vieux pays » et ceux laissés pour compte. Elle exprime des opinions critiques sur le système politique ; elle dénonce l’attitude du gouvernement à l’égard des moins nantis, leur intérêt soudain quand arrive la période électorale. Ses introspections sur le concept de nationalité et sur l’appartenance au territoire conservent la même pertinence qu’auparavant. En fait, ne revêtent-ils pas d’une importance accrue aujourd’hui, alors que la diversification croissante des relations interculturelles nous force à revoir nos conceptions de ce qui constitue l’identité individuelle comme collective? « Y voulions avoir un pays », dit-elle de ces aïeuls acadiens, la voix chargée d’émotion. De jolies tirades poétiques accompagnées de musique marquent ces moments d’émoi. La Sagouine se laisse, entre autres, bercer par le chant des outardes lors de ses élans de nostalgie. Durant ces envolées lyriques, une douche de lumière attire toute l’attention du public sur Lorraine Côté, et met en évidence la vulnérabilité du personnage.

En somme, la sagesse et la bonté de « cette femme d’en bas » nous chavire encore et toujours, tant en raison de la beauté de ses paroles que de la sagacité de ses propos.

25-09-2019


Présenté sur la scène de la salle Octave-Crémazie
Entrée par l’entrée principale du Grand Théâtre de Québec

Théâtre du Trident
269, boul. René-Lévesque Est
Billetterie : 418-643-8131 - 1-877-643-8131

Facebook Twitter YouTube